INTEGRATION - DESINTEGRATION (cliquer sur le lien Carnet Noir n°8 dans la colonne de gauche)

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EDITO

« Intégrez-vous! » qu’ils nous disaient... 

Je me rappelle que quand nous sommes arrivés en Belgique, il y avait des gens qui nous attendaient à l’aéroport, une maison avait été louée pour nous à Nivelles. Les mêmes personnes nous ont inscrits à l’école, pour que mes frères et moi apprenions le français. Ils ont accompagné mes parents dans toutes les démarches administratives ; en quelques mois, mes parents ont trouvé du travail et mon père a pu acheter une maison pour sa famille...

Vingt ans après, l’accueil a beaucoup changé et la situation est devenue catastrophique. Aujourd’hui un réfugié, en principe protégé par la Convention de Genève qui consacre des droits à l’asile (logement et accompagnement social), est renvoyé avec comme seule alternative le froid de la rue pour dormir... Comment peut-on s’intégrer dans un pays quand les moyens mis en place sont devenus inexistants ? 

... Et puis c’est quoi s’intégrer ?? Parler correctement la ou les langues ? Connaître les coutumes et les usages du pays « d’accueil » ? Savoir pourquoi, historiquement, ce pays est divisé en deux ? 

Il y a quelque temps, Madame Annemie Turtelboom, Ministre de l’Immigration à l’époque,  avait défini une méthode pour reconnaître un bon étranger d’un mauvais : il fallait réunir des points (7) pour toucher le gros lot – avoir un enfant valait un point – ...non cumulable, évidemment ! A l’heure actuelle, cette dame est Ministre de l’Intérieur... 

Ils ont fini par se casser la gueule, le gouvernement je veux dire, …et pas qu’une seule fois. Depuis lors, et à chaque nouvelle tentative, on nous sort encore et encore les mêmes phrases nauséabondes : « un bon étranger est celui qui est bien intégré ».

Mon voisin fait partie de la troisième génération à être née ici, depuis que ses aïeuls sont arrivés. Il a la nationalité belge, il parle toutes les langues du pays, tous ses papiers sont en règle, mais il s’appelle Mohamed… Alors, à chaque fois que l’occasion se présente, on lui demande de s’intégrer... Très souvent, il me demande ce qu’il doit faire de plus… 

Moi, j’habite dans un quartier « multiculturel », principe qui ne serait plus efficace selon Angela Merkel (chef de file en Allemagne du CDU, l'Union Chrétienne-Démocrate, parti fondé au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui provient de la même droite qui a soutenu le fascisme); la diversité multiculturelle serait un échec.

Alors, que  répondre à mon voisin ? Attendre que le sang se mélange et que ses petits enfants viennent au monde la peau claire et les cheveux blonds ? Et comme ça il serait bien vu par les autochtones ?

D’ailleurs, les autochtones, pourquoi n’ont-ils pas les mêmes a priori envers tous les étrangers ? Par exemple, dans mon quartier, situé à quelques pas du Parlement européen, il y a énormément d’étrangers, fonctionnaires des institutions européennes. Ceux-là n’ont pas l’air de se soucier de leur intégration à Bruxelles. Haaa, oui, j’avais oublié!  Ces étrangers-là ont des salaires entre 5000 et 10000 euros par mois, ils achètent des anciennes maisons de maître et font monter « le niveau de vie ».

A propos, depuis l’arrivée de l’ « Union » à Bruxelles, ça ne sert à rien de chercher à louer dans mon quartier, si vous n’avez pas un salaire pareil. Les loyers qu’anciennement on trouvait pour 400 ou 500 euros coûtent le double aujourd’hui. Ce qui pousse les anciens habitants à partir...

...Emigrer et s’intégrer ailleurs, en quelque sorte...

 

Oscar Flores


Au sommaire du Carnet n°8:

EDITO 3

DOSSIER : L’intégration 4

Les cours d'intégration civique, intégration ou désintégration ? 4

Comment intégrer une société démocratique ? 6

Marché du travail : les victimes de discriminations sont priées de s'intégrer ! 15

De la hiérarchie des races en Belgique ou de ses cinq niveaux de citoyenneté 20

QUESTIONS PARLEMENTAIRES 22

La crise de l’accueil des réfugiés : la construction d’un mythe 25

Asile shopping – Billet d’humeur 29

CENTRES FERMES : Nouvelles du 127bis 30

Témoignage de Clément Obaika, détenu au 127 bis 32

Deux histoires : Avec ou sans papiers, vous passerez par les centres fermés ! 33

Carnet d’humeurs pour Carnets noirs – Témoignage d’une visiteuse du 127bis 35

No border camp à Bruxelles : rétrospective 37

Action Crer : Ciné-débat « D’un Mur à l’autre » 39