Encore une expulsion qui bafoue les droits élémentaires des demandeurs d’asile!

expulsion

Ce vendredi 14/01/11, Toure Kemo, un demandeur d’asile ivoirien de 25 ans, devait être expulsé vers Abidjan (Côte d’Ivoire) par le vol de SN Brussels Airlines en fin de matinée. Devant son refus d’obtempérer, des violences ont été exercées par la police d’escorte et l’intéressé maintenu dans la cellule de l’aéroport.

A 17h00, les fonctionnaires du 127bis où Toure Kemo était détenu ont confirmé que la tentative d’expulsion « s’était mal passée et que l’Ivoirien avait mordu un policier et frappé l’autre à l’œil, mais que lui-même était indemne ». On peut sourire devant ce surréalisme à la belge !

Le samedi matin, les tentatives pour connaître le sort de Toure Kemo se sont heurtées au flou le plus complet de la part du 127bis, allant de l’affirmation qu’il était à nouveau inscrit sur la liste des résidents du centre au fait qu’il n’était jamais revenu le soir du 14 janvier. De même, contactée samedi midi, la police de l’aéroport en charge des expulsions a refusé de dire si Toure Kemo était toujours détenu dans l’attente d’un vol ultérieur ou s’il avait effectivement été déporté vendredi. Seul habilité à répondre : l’Office des Etrangers, dont les téléphones sont aux abonnés absents jusque lundi matin. Il est inadmissible, dans un Etat de droit, que des citoyens - et même des élus politiques - se voient refuser l’accès à l’information sur la situation d’une personne arrêtée !

A ce stade, deux violations graves des droits de l’homme doivent être pointées et dénoncées :

1) Un demandeur d’asile qui refuse une expulsion doit être ramené à son centre de détention, y subir une visite médicale et recevoir un nouvel écrou. Cela n’a pas été le cas.

2) Mais plus grave : le refus du CGRA d’accorder l’asile à Toure Kemo fait fi des circonstances passées et actuelles ayant amené celui-ci à justifier sa demande d’asile à la Belgique. En 2002, sa famille ayant été assassinée, il a fui au Liberia, compte tenu de l’insécurité et des menaces de guerre civile d’une Côte d’Ivoire comme aujourd'hui déchirée entre deux Présidents. Alors le devoir d’accorder protection aux étrangers qui éprouvent une crainte fondée de persécution ou qui courent un risque de subir des atteintes graves en cas de retour dans leur pays d’origine n’est-il qu’une bannière brandie pour se prévaloir d’un pays respectueux des droits de l’homme ? Encore une fois, l’expulsion de Toure Kemo, entourée de mystères et de non-dits, en témoigne…

La Crer exige claireté et transparence sur les événements : elle voudrait savoir où est actuellement détenu Mr Kemo et avoir connaissance de son examen médical, puisqu’il aurait subi coups et blessures. Au cas où il serait encore en Belgique, la Crer rappelle qu’il a le droit d’être examiné par un médecin et un psychologue extérieurs à un centre fermé.

Par ailleurs, la Crer questionne le fonctionnement de notre système d’accueil, qui expulse un demandeur d’asile ayant vécu persécutions et drames familiaux -alors qu'aucun regard attentif et humain n'a été porté sur son histoire personnelle- vers un pays politiquement très instable, comme nous le rappellent quotidiennement nos médias.