Caricole

Communiqué de presse

Le 18 octobre, une jeune fille a tenté le suicide dans le centre fermé où elle était détenue depuis son arrivée en Belgique, le 29 septembre dernier. Elle​ fu​yait​ un mariage forcé dans son pays d'origine. Arrêtée à l'aéroport, immédiatement placée en détention au Caricole, cette jeune femme fragilisée avait déjà commis une tentative de suicide avant sa fuite, écrasée par la menace du mariage forcé. 

Dans le centre elle s'est confiée à une psychologue, pour ensuite découvrir que cette dernière avait partagé le contenu de leur échange avec le reste du personnel. La jeune fille a demandé un rendez-vous avec la direction, inutilement. Le 18 octobre elle s'est coupée les veines dans la douche. "J'étais en prison dans mon pays et maintenant je suis en prison ici", a-t-elle expliqué à une amie au téléphone, peu avant son geste.

Après sa tentative de suicide, le personnel du centre l'a placée en régime d'isolement dans les locaux du service médical. Son GSM lui a été retiré. Elle ne peut l'utiliser que sous surveillance et pour une durée limitée. Elle n'a pu prendre une douche, se brosser les dents ni changer de vêtements depuis qu'elle a essayé de se suicider. Elle a refusé de manger et de boire pendant plusieurs jours, suscitant ce commentaire sarcastique chez un employé du centre: "Si au moins c'était pour des raisons politiques!". Elle a perdu 7 kilos.

Puisqu'elle n'a pas réussi à se tuer, le Caricole se charge de le faire à sa place.

Le personnel du centre a essayé d'entraver toute communication avec ses co-détenus et avec les soutiens extérieurs. Une amie qui souhaitait lui rendre visite a été informée au dernier moment que la visite était annulée car la jeune fille devait "aller chez le dentiste", ce qui n'était qu'une excuse. Alerté, son avocat est immédiatement intervenu pour dénoncer l'inacceptable comportement du centre. L'amie a pu la rencontrer et la convaincre à boire quelque chose. Elle a constaté que ses conditions physiques sont extrêmement préoccupantes.

Sans la mobilisation de ses ami.e.s et soutiens, cette ​jeune filleserait aujourd'hui seule, désarmée face aux abus du personnel du centre, qui n'a pas hésité à infliger des traitements inhumains et dégradants à une personne dont l'état de santé, physique et psychologique, exigeait un suivi et une assistance adéquats. Rappelons que la Belgique a déjà été condamnée plusieurs fois par la Cour européenne des droits de l'homme pour traitements inhumains et dégradants infligés à des détenus souffrant de troubles mentaux.

Le personnel du centre a en outre menti à plusieurs reprises aux ami.e.s et soutiens de la jeune fille sur son état et sur ses possibilités de communication avec l'extérieur. Ces mensonges éhontés sont de plus en plus fréquents: rappelons ici le cas de la dame ayant récemment fait une fausse couche au Caricole, fausse couche niée par le personnel du centre mais constatée par un médecin extérieur qui a eu accès au dossier médical de la détenue.

Nous exigeons la libération immédiate de cette jeune fille et pointons du doigt la responsabilité de la direction du centre Caricole dans les cas d'abus et de mensonges qui se multiplient. Le Caricole, comme tous les centres fermés, se confirme un lieu de non-droit qui broie des vies en produisant une spirale de violences et d'impunité.