127bis 2

Carences graves dans l’accès à l’information et dans l’accès à l’assistance juridique, présence de mineurs… le constat accablant de la visite d’une délégation au centre fermé 127bis afin d’y rencontrer des soudanais débouchera sur une plainte du MRAX et du CRER auprès du Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe

Le vendredi 20 octobre 2017, une délégation composée de Benoît Hellings, Député fédéral, de Geneviève Parfait, visiteuse accréditée de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), de Dalal Rajab, traductrice assermentée et de Vincent Cornil, visiteur accrédité du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), s’est rendue au Centre fermé 127Bis à Steenokkerzeel afin d’y rencontrer les détenus soudanais.

Lors de ces rencontres nous avons relevé les points suivants:

–      Des carences graves dans l’accès à l’information et mise sous pression des détenus:

La grande majorité des détenus soudanais que nous avons rencontrés était dans l’incapacité de nous expliquer où en est le déroulement de leur procédure ou les différentes perspectives d’évolution de leur situation. Ils expliquent ne pas être tenus informés de leur situation dans leur langue.  Une pression est par ailleurs exercée sur les détenus afin qu’ils se soumettent passivement à leur expulsion vers un pays qu’ils ont fui.

–      Remise des détenus aux autorités soudanaises

Une dizaine de détenus sur les quatorze que nous avons rencontrés nous ont expliqué avoir été auditionnés par les autorités soudanaises. Le déroulement de ces auditions est interpellant : les détenus, très majoritairement originaires du Darfour, sont amenés aux auditions par tromperie et sont littéralement abandonnés aux mains des autorités soudanaises.

–      Des carences graves dans l’accès à l’assistance juridique

Sur les quatorze détenus rencontrés, huit nous ont sollicités pour que nous les mettions en contact avec un avocat. Ils nous expliquent soit avoir un avocat qu’ils n’ont jamais rencontré et avec qui ils n’ont jamais parlé de leur situation ou de leur dossier, soit ne pas savoir clairement s’ils ont un avocat, cela alors qu’ils ont déjà été l’objet d’une ou deux tentatives d’expulsion.

–      Présence de mineurs

Deux détenus nous ont signalé être mineurs. Le plus jeune est âgé de 16 ans, il est resté hébété et recroquevillé sur lui-même durant l’entretien. Il nous a expliqué que l’administration lui donnait l’âge de 25 ans. Le second détenu mineur est âgé de 17 ans, il est enfermé depuis le mois d’août au Centre fermé.

Ces différents faits mettent en perspective la ligne d’action de l’Office des étrangers à l’égard des ressortissants (ou supposés ) soudanais .

Priver les détenus de l’accès à l’information pertinente pour l’empêchement de leur expulsion, les exposer aux autorités soudanaises, ne pas s’assurer de l’effectivité de l’assistance juridique qui leur est due, exercer un chantage à l’usage de la force sur les détenus qui souhaitent refuser leur expulsion, rafler un maximum de personnes, quitte à arrêter et enfermer en vue d’expulser vers Khartoum une personne avec papiers, des mineurs ou une personne du Sud-Soudan… ces faits aberrants pris séparément deviennent cohérents lorsqu’on les sait chacun constitutifs d’une action politique voulue, annoncée et menée par le Gouvernement fédéral à l’encontre des ressortissants soudanais. Une politique qui vise à les décourager de toute tentative de séjourner légalement en Belgique, comme ce fût le cas avant eux avec les ressortissants irakiens, syriens ou encore afghans.

Le MRAX et le CRER déposeront une nouvelle plainte auprès du Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, M. Nils Muižnieks, et appellent la population à s’engager activement auprès des acteurs de terrain qui résistent quotidiennement contre la radicalisation des politiques anti-migratoires du Gouvernement fédéral.

Le Collectif contre les Rafles, les Expulsions et pour la Régularisation (CRER)

Le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX)