Nous publions une lettre ouverte d'une citoyenne belge au secrétaire d'état à l'asile et à la migration Theo Francken.

Cher Monsieur Francken,

je me trouve confrontée à une situation tout à fait inédite pour moi et je me permets de solliciter votre aide. En effet, j'ai récemment rencontré un monsieur d’origine pakistanaise qui m'a touché par son histoire et que j'ai voulu aider. C’est une personne victime de la traite des êtres humains. C’est sur mon conseil qu’il s’est tourné vers l’Office des Etrangers pour faire valoir son droit et solliciter sa régularisation.

Il s’avère aujourd’hui que j’ai commis une erreur d'appréciation en lui disant qu'il ne devait pas craindre d'être arrêté après une interview à l'Office des Etrangers. Naïvement, je pensais que notre pays n'arrêtait pas les gens dans une situation comme la sienne et qu'il aurait au moins un mois pour quitter le territoire. Mal m’en a pris : il a été arrêté  après son interview à l’Office des Etrangers !

Me sentant personnellement responsable de cette situation, je me tourne donc vers vous. Il se trouve qu'un titre de séjour l'attend en Italie où il a témoigné dans un procès contre les traficants d’être humains dont il a été victime. Mais étant détenu ici dans un centre de rapatriement et menacé d’expulsion, il ne peut s'y rendre.

J'ai en ma possession tous les documents nécessaires. Je les tiens à votre disposition afin que vous puissiez vous informer de la situation exacte.

En tant que citoyenne belge, la situation de mon ami me pose beaucoup de questions. Bien entendu, il ne sera pas accueilli comme un héros au Pakistan, un pays que votre gouvernement juge suffisamment dangereux pour déconseiller de s’y rendre. Sur le site officiel http://diplomatie.belgium.be, on peut lire en effet : « Les voyages au Pakistan sont déconseillés en raison du risque de sérieux problèmes de sécurités (attentats terroristes, troubles, manifestations violentes, enlèvements, attaques par des commandos etc.) qui peuvent survenir à tout moment dans l’ensemble du pays. » Un conseil, qui, comme le rappelle ce site « est toujours valable ce 30 novembre 2014 »

Alors bien sûr, on m’oppose que notre pays n’a pas les moyens financiers. Mais cela me conforte plutôt dans mon idée qu’il tombe sous le bon sens de lui permettre de partir en Italie où il a la possibilité de régulariser sa situation, plutôt que de s’acharner à vouloir l’expulser, cette dernière « solution » étant de loin la plus chère pour l’Etat !

Je pense  ne pas être la seule à être interloquée de la situation qui est faite à beaucoup de personnes qui sollicitent l’aide de notre démocratie. Depuis que je suis contrainte de fréquenter l’univers des centres fermés, j’ai rencontré de nombreuses personnes pour qui les références aux droits de l’homme dont se réclame notre pays veulent dire quelque chose, tant du côté des visiteurs que du côté des gardiens.

En vous remerciant de votre temps,

Une citoyenne belge