Saïd est afghan. Détenu depuis le 25 avril 2014 au centre fermé 127bis, il sera expulsé demain en Italie, pays par lequel il est entré en Europe et où il ne connait personne.  A l’aéroport de Milan il ne trouvera aucune assistance, il ne sera accueilli par aucune ONG. Pourquoi ? Parce qu’il n’en a pas fait la demande. Était-il au courant de cette possibilité ? Non, les assistants sociaux du 127bis n’ayant pas jugé bon de l’en informer. Comment aurait-il pu demander une assistance à laquelle il ne savait pas qu’il avait droit ? Réponse reçue par un de nos visiteurs: «Il y a d’autres Afghans dans le centre, il n’avait qu’à leur demander ». Depuis quand les détenus des centres fermés sont-ils tenus de remplir le rôle des assistants sociaux ? Et à quoi servent les assistants sociaux dans les centres fermés ?

«Les services sociaux des centres fermés ont pour mission de persuader les personnes qui ont été écrouées en vue de leur éloignement à s’inscrire au programme de retour volontaire», explique l’Office des Etrangers. Est-ce là vraiment la mission d’un assistant social ? Est-ce trop demander qu’il informe les détenus de tous leurs droits – pas seulement du « droit » au retour « volontaire » – dans une langue que les détenus comprennent? C’est d’ailleurs ce que prévoit la Directive Retour : « Les ressortissants de pays tiers placés en rétention se voient communiquer systématiquement des informations expliquant le règlement des lieux et énonçant leurs droits et leurs devoirs » (art. 16 - eFrance la violation de cet article a porté à des ordres de remise en liberté). Qui vérifie que cet article est bien respecté dans les centres fermés ? Devant qui les assistants sociaux et autres membres du personnel sont-ils responsables quand ils « oublient » de communiquer systématiquement aux détenus leurs droits ? Ou de faire le lien entre les associations accréditées qui visitent régulièrement les centres fermés et les détenus les plus fragiles ou qui ne parlent pas français ou néerlandais ?

Hier des médecins spécialistes du Sida dénonçaient dans la presse le manque d’indépendance de leurs collègues au service de l’Office des Etrangers. « Les médecins-conseils sont liés secrètement par des directives internes », expliquait le docteur Rémy Demeester. Les mêmes directives auxquelles se soumettent les assistants sociaux des centres fermés :  expulser, expulser, expulser.