C'est une "première" qui pourrait faire tâche d'huile. L’Office des Étrangers avait organisé pour ce 17 mars une expulsion collective par vol militaire de Guinéens déboutés de l’asile. Ce projet a connu un échec notoire en ce sens que, pour la première fois, un Etat africain s’est opposé à la déportation groupée de ses nationaux.

En effet, le 17 mars au matin la Guinée a refusé l’atterrissage de l’avion militaire censé amener à Conakry une vingtaine d’expulsés. Des contacts sont alors intervenus entre Maggie De Block, Secrétaire d’Etat chargée de l’immigration et l’Ambassade de Guinée. Des mots ont été échangés par communiqués interposés, la Belgique dénonçant « une moquerie » et le non respect par les autorités guinéennes des accords qui seraient intervenus lors de la visite de la Secrétaire d’Etat à Conakry il y a quelques semaines.

François Fall, le chef de la diplomatie guinéenne, vient de préciser la position de la Guinée dans cette affaire des 27 « expulsables » qui a mis un sérieux grain de sable dans les rouages diplomatiques belgo-guinéens. Cette position se résume en trois points : refus et interdiction de toute expulsion collective ; que les Guinéens en droit d’être régularisés sur le sol belge le soient dans le respect des lois internationales ; que des mesures d’accompagnement et de réinsertion soient effectivement accordées aux déboutés de l’asile ou de la régularisation.

Quant à l’octroi des laissez-passer indispensables à toute déportation, le Ministre rappelle que c’est du ressort exclusif de l’Ambassade de Guinée à Bruxelles. Une délégation de haut rang viendra tout prochainement à Bruxelles mettre cette procédure au point. Rappelons qu’aucun document de voyage n’a été délivré aux Guinéens.

Au terme de ces tractations et du Conseil des Ministres guinéens qui s’est penché sur la question ce 17 mars, il semblerait qu’un accord soit intervenu entre la Belgique et la Guinée :  les expulsions des déboutés seront désormais assurées par Brussels Airlines avec un maximum de quatre personnes par vol.

L’affaire se solderait donc par un match nul : un point pour la Guinée qui refusera désormais toute expulsion collective, ce dont se réjouissent les associations militant contre cette pratique ; un point pour la Belgique qui continuera à expulser au cas par cas.

C'est d'ailleurs en cours : un vol est prévu ce 19 mars avec 4 personnes via Banjul (Gambie) et un autre le 20 mars via Dakar.

Reste que derrière ces marchandages, des vies humaines sont en jeu et que la politique du chiffre dans les déportations ne résout pas du tout la question de l’immigration.

CRACPE – CRER
18 mars 2014

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