Ce lundi 17 mars, un vol militaire est prévu pour expulser une vingtaine de Guinéens actuellement détenus dans les centres fermés de Vottem, Merksplas et Brugge.

« Nous cherchons vos laissez-passer mais votre expulsion c’est lundi », ont annoncé les assistantes sociales aux personnes concernées.

Contactée, l’Ambassade de Guinée a confirmé n’avoir délivré aucun laissez-passer. Une délégation des Pays Bas serait venue récemment à Bruxelles pour solliciter ces documents indispensables à tout rapatriement. L’Ambassade aurait alors contacté le Ministre guinéen des Affaires étrangères, Louseny Fall, qui dans un fax a immédiatement confirmé à Bruxelles l’opposition de la Guinée aux délivrances de laissez-passer pour ses ressortissants.

Il est vrai que le contexte est relativement sensible : lors de la visite récente de Maggie De Block à Conakry censée solliciter l’aide du gouvernement guinéen pour le rapatriement de ses compatriotes en situation irrégulière en Belgique, le Président Alpha Conde s’est dit catégoriquement opposé aux rapatriements de Guinéens vivant en Belgique « sauf s’ils sont dealers ou criminels ». La visite  du Président prévue le mois prochain à Bruxelles complique encore la donne. Ainsi que la perspective des élections présidentielles en Guinée prévues en 2015.

Il est à prévoir qu’en l’absence de laissez-passer délivré par l’Ambassade, représentante légale de l’Etat guinéen en Belgique, le gouvernement belge appliquera alors une recommandation du Conseil de l’Union européenne effective depuis le 1er janvier 1995 et qui instaure un laissez-passer européen qui permet aux Etats membres d’expulser des personnes sans document de voyage ou dont la nationalité n’a pas été formellement établie.

Autrement dit, l’Union européenne instaure une procédure qui outrepasse les prérogatives d’un Etat.

Les Guinéens contactés dans les différents centres fermés attendent dans l’angoisse leur transfert au 127 bis de Steenokkerzeel, vraisemblablement la veille de l’expulsion. Tous ont déclaré qu’ils refuseront cette déportation dans un pays que la plupart ont quitté voici 4 ans.

Qui parmi « nos responsables » s’interroge sur les raisons profondes qui font des demandeurs d’asile guinéens le deuxième groupe le plus important après celui des Afghans ? Que penser d’un pouvoir en place qui est incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens en raison d’une corruption qui sévit à tous les échelons de la société ? Que répondre aux 80% de jeunes diplômés guinéens qui ne trouvent pas de travail au pays ? Que dire aux familles de ces ados abattus en pleine rue parce qu’ils manifestent pour plus de justice et moins d’impunité ?

En organisant cette nouvelle déportation collective, la Belgique se place une nouvelle fois dans une position peu honorable :  en violant l’art 4 du Protocole n°4 de la Convention européenne des Droits de l’Homme qui interdit et condamne les  expulsions collectives. Mais aussi, en ayant recours à une instance supra-nationale, l’Union européenne, qui par ses recommandations s’immisce de manière anti-démocratique dans les prérogatives dévolues aux représentants légaux des Etats.

CRACPE, CRER, Getting the Voice Out


13 mars 2014