Voici la lettre que Jaime, un ami de Juvenal et Alejandra, a adressée au premier ministre Elio Di Rupo. Elle a été publiée sur le site de La Libre Belgique. Grâce à la mobilisation de Jaime et au soutien de celles et ceux qui ont signé sa pétition et diffusé son appel, une première victoire a été remportée: le vol d'aujourd'hui a été annulé. Mais ainsi que l'écrit Jaime, "n'en restons pas là et continuons de faire passer le message!"

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Cher Monsieur Di Rupo,

Je vous écris ces quelques lignes dans l'espoir de vous sensibiliser à une situation qui est, selon les informations dont je dispose, assez difficilement compréhensible.

J’ai toujours défendu l’idée selon laquelle nous devons vivre dans une confiance mutuelle, laissant à chacun la responsabilité des décisions ou actions qui sont les nôtres. 

J’ai évidemment mes avis sur tel ou tel fait de société, mais je n’ai jamais un mot plus haut qu’un autre pour critiquer les personnes compétentes qui ont la responsabilité de gérer des dossiers certainement plus compliqués qu'ils n'en ont l’air. Je me garde donc d’émettre un avis trop simpliste, réducteur et, par conséquent, irrespectueux du travail que ces mêmes personnes ont pu fournir. 

Bref, je veux faire confiance à nos institutions et aux personnes que j'ai choisi pour représenter mes opinions. Partant du constat que je ne suis pas le seul à être dans ce cas, bon nombre de citoyens font confiance à nos institutions et à la justice. Nous sommes probablement nombreux à nous dire qu'il y a toujours une raison à certaines prises de décisions. 

Mais revenons au sujet principal qui m'amène à vous écrire en ce jour. Vous avez certainement entendu parler de ce ressortissant chilien, domicilié à Rixensart et détenu au centre fermé pour personnes en situation irrégulière 127bis à Steenokkerzeel.

Il s'avère que Juvenal Clavero est un de mes meilleurs amis. Je le connais depuis ses tous premiers jours en Belgique. Je suis bien évidemment au courant de sa situation et je connais toutes les expériences malheureuses qu'il a dû endurer de par celle-ci. Et c'est justement dans l'espoir de mettre fin aux nombreux abus dont il a été victime que je me suis efforcé de le convaincre d'introduire une demande de régularisation. 

Ce qu'il avançait comme argument pour ne pas introduire une telle demande était la crainte que celle-ci ne finisse par se retourner contre lui, la crainte qu'on vienne tôt ou tard le rechercher pour le mettre dans un avion destination notre pays d'origine.

Comme je vous l'expliquais, je suis une personne qui veut croire dans la justice et qui fait confiance à nos représentants et dirigeants politiques. Je lui ai souvent dit qu'un homme courageux et travailleur comme lui ne pouvait pas être expulsé. Tous les critère pris en considération en 2009, lors de l'introduction de son dossier, nous ont toujours fait croire que la réponse ne pouvait être que positive. D'autant plus depuis la création de son entreprise en 2011. Une PME spécialisée dans la ferronnerie d'art qui ne connait pas vraiment la crise et qui collabore même avec le Forem de Namur en ce qui concerne la formation à ce métier. 

Vous comprendrez que ma déception est aujourd'hui immense puisque mon ami et sa compagne Alejandra doivent être mis dans un avion à 19h ce soir. 

Je m'en veux de l'avoir conseillé en ce sens mais je ne peux pas m'en vouloir d'avoir fait confiance à notre justice. En effet, ma requête n'est pas de demander qu'on régularise Juvenal et Alejandra.

Ma demande est aujourd'hui de comprendre quels sont les arguments retenus pour qu'un indépendant, qui n'a jamais perçu aucune allocation et qui donne la preuve qu'il est bel et bien intégré à notre société soit renvoyé dans son pays d'origine. 

Puisse cela donner un peu de poids à ma lettre, nous sommes plus de sept cent personnes à avoir signé un pétition en ligne. De la sorte, nous souhaitons exprimer le sentiment qu'après 14 ans de vie en Belgique, Juvenal et Alejandra sont ici chez eux.

Cordialement,

Jaime Catalán Pinto

jaime_catalan_pinto@hotmail.com

0470 977 155