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Dénoncer sans relâche les centres fermés, les expulsions et les violences policières

Le 22 septembre 2013, cela fera quinze ans que Semira Adamu a été assassinée par la police belge lors de son rapatriement forcé et que l’ensemble de la société belge prenait conscience de la violence des politiques de détention et d’expulsion des étrangers.

Rappel des faits 

Fuyant le Nigeria en étant passée par le Togo, Semira  Adamu est arrivée en Belgique le 25 mars 1998, âgée de presque vingt ans. Arrêtée à Zaventem et incarcérée au centre fermé 127bis de Steenokkerzeel alors qu’elle transitait vers Berlin, elle a introduit une demande d’asile, motivée par la fuite d’un mariage forcé avec un polygame de 65 ans, qui a été refusée. Malgré un recours pour raisons humanitaires et la mobilisation d’un comité de soutien, prêt à se porter financièrement garant du séjour de Semira, l’Office des Etrangers a décidé d’organiser son rapatriement forcé. Grâce à sa résistance personnelle et à l’intervention de personnes indignées dans l’avion, cinq tentatives d’expulsions ont échoué. A chaque tentative, les violences et les menaces à son égard se sont intensifiées. Lors de la sixième tentative d’expulsion, le 22 septembre 1998, pas moins de neuf gendarmes ont été mobilisés pour l’embarquement. Cachée des regards des passagers par cette escorte, elle s’est retrouvée pieds et mains menottés, pliée en deux, un coussin devant la bouche et la pression d’un gendarme sur le dos. Alors que pour toute forme de résistance Semira chantait, cette contrainte a été exercée pendant une quinzaine de minutes et a fini par plonger Semira dans le coma. Semira Adamu est décédée vers 21h30 à l’hôpital Saint-Luc d’une encéphalopathie anoxique avec œdème cérébral.  

Une date à ne pas oublier

Ce ne fut ni le premier ni le dernier décès provoqué par la politique belge d’enfermement et d’éloignement des étrangers. À travers ses contacts avec le comité de soutien et le Collectif contre les expulsions, Semira était devenue le symbole de la résistance à l’intérieur des centres. C’est une des raisons pour lesquelles le cabinet du Ministre Tobback a voulu en faire un exemple en l’éloignant à tout prix. Son assassinat en aura hélas fait le symbole du caractère criminel et meurtrier de la politique belge de l’asile et de l’immigration.

1998, c’est aussi l’année où le scandale des centres fermés, dont la création remonte à 1988, commença à sortir de l’ombre grâce aux actions du Collectif contre les expulsions et à leur médiatisation. La mort de Semira suscita une grande émotion au sein de la population et donna de l’ampleur au mouvement des sans-papiers. Le gouvernement y répondit par une évaluation des politiques d’asile, de migration et d’éloignement ainsi que par la grande opération de régularisation collective de 1999.

En septembre 2003, une manifestation et un meeting de commémoration des cinq ans de l’assassinat de Semira rassembla des milliers de personnes à la salle de la Madeleine. Ce rassemblement s’inscrivait dans la foulée d’un été très chaud pour la cause des migrant-e-s où les mobilisations se renforçaient mutuellement : sans-papiers équatoriens à Saint-Gilles, demandeurs d’asile afghans à l’église Sainte-Croix d’Ixelles, demandeurs d’asile iraniens à l’église des Minimes puis à l’ULB, création de l’assemblée des voisins, de la CRER, de la CLIC…

Depuis, chaque année autour du 22 septembre, une manifestation est organisée en mémoire de Semira Adamu mais celle-ci demeure trop souvent confidentielle. A l’instar des occupations de sans-papiers et des actions de dénonciation des centres fermés – tel le Steenrock – qui ne reçoivent plus l’audience populaire qu’elles méritent. 

En 2013, il nous paraît primordial de marquer un grand coup et de perpétuer le combat de Semira Adamu comme de toutes les personnes victimes des (non) politiques d’asile et de migration de nos gouvernements. D’abord pour que les « moins de vingt ans » prennent connaissance de cette histoire qui a fait la honte de la Belgique. Ensuite pour attirer l’attention sur les violences policières qui continuent à frapper les personnes migrantes qui résistent et ceux qui les soutiennent, tels les organisateurs du Festival des résistances à Steenokkerzeel en 2003 dont la plainte contre la police vient d’être introduite à la Cour européenne des droits de l’Homme après avoir épuisé toutes les voies de recours belges.  Enfin pour relancer une large mobilisation en faveur des droits des migrant-e-s afin que notre pays respecte les droits et la dignité humaine et qu’un jour les centres fermés et les expulsions disparaissent à jamais de nos mémoires. Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de l’appel à la constitution d’un front large pour les droits des migrants et contre la précarisation généralisée, amorcée ce printemps 2013.

Un meeting musical le 22 septembre 2013

Dans le même esprit que les commémorations de septembre 1999 et 2003 ou que le Steenrock qui n’aura pas lieu cette année, nous organisons le dimanche 22 septembre 2013, à Bruxelles, un grand meeting – concert en plein air (ce sera le dimanche sans voiture).

Lieu: place Rouppe

Horaires: 14h-21h

Artistes envisagés 

L’après-midi, la scène sera ouverte à des interventions brèves d’artistes locaux engagés sur la question : Claude Semal, Daniel Hélin, Skarbone 14, Weli, La Shiva Gantiva, Pitcho, Hydra… 

En début de soirée, un concert d’un artiste plus connu mais tout autant sensible à la cause sera programmé afin de mobiliser un public plus large que le cercle des militants et personnes déjà concernées : Asian Dub Foundation.

Meeting : rappel des faits, témoignage d’amis de Semira, dénonciation des violences policières, témoignages sur les centres fermés et les expulsions, hommage poétique à Semira et à tous les migrant-e-s inconnu-e-s, prise de position politiques.

Autour du podium, des stands tenus par les différents partenaires délivreront de l’information sur les enjeux politiques de la manifestation.

Public visé : l’objectif est de mobiliser un public large (au moins 3000 personnes) et en particulier les jeunes.

Public visé : l’objectif est de mobiliser un public large (au moins 3000 personnes) et en particulier les jeunes.

Mots d’ordre :
- Suppression immédiate des centres fermés
- Arrêt immédiat des expulsions
- Condamnation des violences policières
- Révision des politiques d’asile et de migration en vue de les rendre conformes au respect des droits de l’Homme et au mouvement du monde, c’est-à-dire de les acheminer vers la liberté de circulation pour toutes et tous

Organisation

La réussite d’une telle mobilisation requiert la constitution d’une plate-forme réunissant associations, syndicats, collectifs, citoyens, sans-papiers concernés et impliqués. Elle nécessite de nombreuses énergies, un vaste réseau de contacts et un budget non négligeable. Toutes les contributions seront les bienvenues.

Bruxelles Laïque lance l’invitation et se propose de coordonner l’organisation du projet.

Les associations suivantes ont déjà exprimé leur soutien au projet : Bruxelles Laïque, CRER, CRACPE, Ligue des Droits de l’Homme, Cire, FGTB, JOC, MOC, PAC, UPJB, PTB, Ecolo Bxl, Egalité, LCR, JAC, Groen, CNCD, Sireas, Déclic, Linx +, No Border

Contacts :

Mathieu Bietlot – m.bietlot@laicite.be – 02 289 69 00 – 0472 67 01 54

Pour se rafraichir la mémoire : http://ccle.collectifs.net