Petit bilan syndical et associatif dans le mouvement des sans papiers

CRER - Coordination contre les Rafles, les Expulsions et pour la Regularisation

Fevrier 2008

Au niveau Syndical

Depuis ces dernières années l’initiative plus intéressante entreprise par les syndicats a été la « campagne d’affiliation »

Cette initiative a donné aux travailleurs sans papiers une reconnaissance et une légitimité. A son origine l’idée a été applaudie et félicitée, mais deux ans après qu’en reste-t-il ? 

Pas grande chose, à Bruxelles près de 3000 sans papiers ont bénéficié de cette syndicalisation : ils payent des cotisations, moins chères que les travailleurs légaux mais ne bénéficient pas des mêmes droits. En effet cette syndicalisation est purement « symbolique » car elle ne donne pas le droit à une protection sociale ni juridique

Par exemple si un travailleur sans papiers est exploité par un patron et que celui-ci ne veut pas lui payer son salaire à sa juste valeur, le syndicat ne peut pas intervenir pour défendre ce travailleur, même si celui-ci est syndiqué ! D’ailleurs les travailleurs sans papiers qui n’arrivent pas à payer leurs cotisations reçoivent des mises en demeure de la part du syndicat avec les menaces de leur retirer la carte.

Toujours en ce qui concerne les conséquences désastreuses de la politique d’immigration pour des milliers de personnes dans les centres fermés et les expulsions, nous avons également fait des demandes aux appareils syndicaux, comme par exemple ; nous donner des coups de mains, de temps en temps, lors d’une expulsion à l’aéroport de Zaventem.

Si une équipe sur place avait arrêté de travailler une heure seulement lors de la tentative d’expulsion de la petite Angelica tout le monde aurait apprécié énormément. Malheureusement cette demande pas plus que les autres n’a jamais eu de réponses.

Aucune réponse non plus quant aux violations des Droits de l’Homme dans les centres fermés. Il a été demandé de rencontrer les délégations syndicales de la FGTB et la CSC du centre fermé 127bis à propos de la situation des enfants, femmes enceintes et personnes âgées enfermés et qui subissent régulièrement des traitements inhumains et dégradants.

Sur ce point comme pour les autres, si rien n’avait été demandé, nous n’aurions pas obtenu plus !!

La campagne de syndicalisation qui aurait pu ouvrir le débat sur un permis de travail pour les travailleurs sans droits n’arrive pas à ouvrir les consciences de l’appareil syndical et c’est bien dommage ! Surtout quand, en face, les fédérations patronales et les partis de droite demandent de régulariser les sans papiers à cause du manque de main d’oeuvre dans certains secteurs.

Dans l’absence de réponses à nos multiples demandes auprès des syndicats, nous avons dû nous-mêmes créer les contacts et chercher les solutions. D’un côté pour combler l’absence de l’organisation sensée nous défendre et d’un autre pour réagir aux attaques de plus en plus agressives de la part du gouvernement et des patrons, lesquels voient aujourd’hui dans l’immigration une manière de gagner plus d’argent sans pour autant respecter les droits de ces travailleurs.

Un des risques de ces projets est de créer une nouvelle catégorie de travailleurs, admis sur le territoire sur base d’une carte « Green » ou « Bleu » conditionnée à leur durée de travail et sans les mêmes droits que les travailleurs belges, ceci provoquant chez les travailleurs étrangers et autochtones d’énormes injustices.

D’un côté jouer avec la concurrence pour continuer à faire baisser les salaires chez les autochtones et profiter de la précarité, sans les mêmes droits sociaux, chez les étrangers, ce qui donnera, encore une fois au patrons un maximum de profits.

D’après notre constat,  nous nous dirigeons tout droit vers une politique d’immigration choisie, dans le style Sarkozy mais à la sauce Orange, Bleu et Rouge !

Au niveau associatif

Si les positions des associations sensées défendre les Droits de l’Homme ont évolué ces dernières années, il reste encore du travail à faire sur les influences politiques quand il s’agit de parler au nom de la fameuse « société civile »

A plusieurs reprises nous avons attiré l’attention de ces organisations sur leurs prises de positions concernant la politique d’immigration et par de nombreuses fois nous n’avons reçu que de l’indifférence.

Afin de mieux faire comprendre nos positions partageons quelques questions envoyées aux responsables de ces organisations et pour lesquelles aucune explication n’a encor été fournie :

En 2007 notre réseau de parrainage au 127bis, a été alerté sur une dégradation montante des conditions d’enfermement pour les détenus, provoquant des bagarres, émeutes, agressions sur les sans papiers, violences lors d’expulsions, etc. Ceci a provoqué une grève de la faim d’une vingtaine de détenus le 18 avril. Les grévistes demandant un soutien extérieur des associations, nous avons fait une demande de réaction aux associations, la réponse fut très douteuse. 

En fait, avec cette expérience il est apparu que le groupe de visiteurs des centres fermés du CIRE était régulièrement au courant de toutes ces situations depuis des années, mais que ces infos restaient inaccessibles aux groupes de défense des sans papiers, aux sans papiers eux-mêmes et au grand public. Nous avons demandé à une des visiteuses pourquoi ces infos n’étaient pas transmises quand une situation urgente apparaissait, elle nous a répondu qu’elle ne voulait pas perdre son droit de visite.

Ce droit de visite est accordé par l’Office des Etrangers, l’administration responsable des souffrances des milliers de personnes dans les centres fermés, les expulsions et la clandestinité des sans papiers, cette collaboration entre ces associations et le Ministère de l’Intérieur est encore plus que douteuse.

Fin de l’année 2006, le Ministre de l’Intérieur Patrick Dewael organisait une table ronde pour trouver des alternatives à l’enfermement des enfants et des familles sans papiers. Les associations jouèrent alors le jeu, avec des études et des recherches ils firent le travail du ministre. Le résultat aujourd’hui est qu’il existe des projets d’humanisation des centres fermés et non de libération ou suppression de ces centres.

Il ne sert à rien de dessiner des Mickey sur les murs et d’engager des puéricultrices, des innocents seront toujours enfermés comme des criminels !!

Et il ne sert à rien de continuer à manifester avec eux non plus, car quand il faut sérieusement s’opposer aux projets du gouvernement, les représentants de la société civile ne le font pas !!

Il est toutefois vrai que les associations interpellent aussi, par des choses comme : le rapport sur les centres fermés, le tribunal d’opinion sur l’enfermement des enfants et toutes sortes d’activités de sensibilisation, lesquelles méritent notre respect. Mais il est déplorable que l’ensemble du problème reste dans la catégorie du « Symbolique » et donc rarement avec des résultats concret sur ces questions.

Par rapport à cet aspect du « symbolisme » dans les actions, le besoin d’ingéniosité nous pousse régulièrement à réinventer les moyens de faire passer les messages auprès du grand public. Malheureusement cet exercice nous éloigne parfois de la réalité, or les politiques d’immigration ne sont pas symboliques elles sont bien réelles !

Et pour ne pas perdre notre temps et nous opposer concrètement, il faudrait réagir à la juste dimension du problème et non utiliser la dimension symbolique, parce que celle-ci n’a aucune force devant l’enjeu d’une politique fédérale.

En face de nous le gouvernement prévoit une nouvelle politique d’immigration, celle-ci n’aura rien de symbolique, elle se traduira par des actes concrets, des investissements et des implications avec le monde associatif et politique, plus que jamais nos responsabilités par rapport à notre avenir proche sont mis en cause et seulement nos actes prouveront nos choix de demain !

CRER