Nouvelles révélations sur le centre fermé de Vottem


Communiqués de Presse
28/02/2007

La Ligue des droits de l’Homme a pu prendre connaissance d’un article à paraître dans La Libre Match du jeudi 1er mars. Cet article contient de nouvelles révélations concernant certaines pratiques médicales ayant cours au centre fermé de Vottem, centre déjà pointé du doigt l’année dernière quant à sa méthode de prise en charge des détenus malades. La Ligue des droits de l’Homme réclame une extension de l’enquête judiciaire en cours à ces nouveaux faits et rappelle l’urgence d’un débat sur les alternatives à la détention d’étrangers en Belgique.

En novembre dernier, le magazine Ciné Télé Revue publiait l'interview de quatre gardiens du centre fermé de Vottem qui témoignaient de faits extrêmement inquiétants : graves carences dans la prise en charge des détenus malades, utilisation abusive de l'isolement, brutalités pendant les expulsions…

Ce jeudi, de nouvelles révélations seront publiées dans La Libre Match. Des infirmières témoignent de graves entorses à la déontologie médicale qui ont cours derrière les murs du centre fermé de Vottem :  intervention de membres du personnel non médical dans la décision de poser des actes médicaux,  prescriptions de médicaments  - à distance - destinés à «casser» des «résidents» jugés «trop excités», délivrance sans précautions de calmants potentiellement dangereux par certains médecins travaillant à la prestation pour le centre, pressions sur le personnel soucieux de travailler dans le respect de la déontologie médicale.

Si ces faits étaient avérés, il s'agirait de nouveaux traitements inhumains et dégradants particulièrement graves qui renforcent les questions déjà soulevées sur la gestion médicale des centres fermés. En effet, l'Etat des lieux sur la détention des étrangers en centres fermés, publié en octobre dernier, pointait sévèrement les problèmes médicaux et psychologiques dans les centres fermés. Dans ce rapport, les ONG dénonçaient déjà le manque d’indépendance des médecins qui travaillent dans les centres, l'usage de calmants et de somnifères et le fait que les détenus ne sont pas toujours informés des médicaments qui leur sont administrés. Notons à cet égard que l'arrêté royal du 2 août 2002 sur les centres fermés ne précise pas que les détenus ont accès à leur dossier, même si la loi du 22 août 2002 sur les droits des patients le prévoit.

Outre le fait qu’un généraliste prescrive des neuroleptiques sans examen médical préalable et par téléphone, l’article de La Libre Match nous apprend que des personnes étrangères au monde médical (dans ce cas précis, un directeur du centre) interviennent dans le processus décisionnel d’un acte médical. Ce mode de fonctionnement pose de graves questions par rapport à la déontologie médicale à laquelle sont tenus les médecins et les infirmiers.

Si l’administration de neuroleptiques potentiellement dangereux ainsi que le mode opératoire aboutissant à cette administration sont inquiétants, les témoignages de cet article laissent également penser que le travail des médecins en centre fermé est dévoyé de sa finalité première : soigner. Il semble ici que le rôle qui leur est dévolu consiste à éviter les troubles, à maintenir le calme à tout prix dans les centres. Est-ce bien là leur fonction ?

Ces faits renforcent, une nouvelle fois, le point de vue, partagé par la Ligue des droits de l’Homme, selon lequel l’enfermement de personnes qui n’ont commis aucun délit ne peut que conduire à des dérives.

Compte tenu de ce qui précède, la Ligue des droits de l’Homme :

- salue le courage des infirmières qui, après les gardiens, ont dénoncé ces faits inacceptables ;

- demande que l’enquête judiciaire, ouverte suite aux révélations des carences dans la prise en charge des détenus malades et conduite par le Parquet de Liège, soit étendue à ces nouveaux faits ;

- demande au ministre de l’Intérieur de procéder à l’audition, au Parlement, des ONG qui ont produit l’Etat des lieux sur la détention des étrangers en centres fermés ;

- demande un débat parlementaire sur l’existence des centres fermés et les alternatives à la détention d’étrangers ;

- réaffirme que le principe même de l’enfermement d’étrangers mène à des dérives;

- se tient prête à assister les victimes des faits dénoncés dans les éventuelles actions judiciaires qu’elles souhaiteraient entreprendre.