bloodyhand

Que dire et que faire devant tant d'injustice ?...

Nous y sommes allées à deux, cette fois, pour la visite. Annik et moi savions que ce serait difficil d'y aller seule.
A l'entrée, toujours le même manège. Comme dans les prisons. On remet sa carte d'identité en échange d'un badge de visiteur, puis on franchit une porte dont l'ouverture est déclenchée depuis le bureau de réception. Obligation de laisser sacs, clefs et gsm dans un casier. Il est interdit d'apporter des chocolats ou quelque aliment que ce soit aux personnes internées. Je me suis fait la réflèxion que c'était comme au zoo. Ben oui, le chocolat c'est dangereux, ça peut exploser ! Trève de plaisanterie, je sais, je suis amère !

La gardienne nous a fait passer dans la salle des visites. Là où gisent 4 tables entourées de chaises, mobilier de réfectoire de prison ! Eclairé au néon, peinture blanche et grise aux murs. Il pleut dehors, ça rajoute une touche au lugubre et glauque de l'endroit!
Quelques casier vides contre le mur et puis... c'est tout !

Après quelques minutes d'attente, Aina arrive au fond de la salle, escortée par deux gardiens. Ceux-ci ne franchissent pas la salle des visites et on la voit s'avancer vers nous avec dans ses bras le plus petit de ses enfants, Louisa, 8 mois à peine. Elle est née le 05 / 05 / 2006.

Aina ne parle que Tchétchène et nous avons des difficultés à la comprendre. Mais avec des gestes et beaucoup de larmes, elle nous explique que ses enfants sont malades.
Liana, née le 06/12/2001, a des problèmes de respiration. Le médecin du centre l'a vue et dis que tout va bien.
Mais Aina dit le contraire !
Khadizha, née le 15/08/2003, est traumatisée par l'enfermement.
Alik, né le 19/02/2000, le plus grand, est aussi traumatisé et ne dessine que des gens enfermés.
La psychologue du centre dit que tout est normal (???)
La nuit du 4 janvier 2007, Alik a eut 39,8° de fièvre.
Et personne, ni même le médecin du centre, qui n'est présent que le mardi ou mercredi, ne fait rien pour ses enfants.
D'ailleurs, ils sont tous malades, la goutte au nez à cause de ... on ne comprend pas trop ce que Aina nous explique, mais on essaie d'interpréter, s'ils ont pris froid ou si ce sont les produits de nettoyage avec lesquels se fait le nettoyage du centre fermé...

Aina est partie de Pologne en fuyant un mari violent qui menaçait sa vie et dont la violence contre leur mère a laissé des traumatismes sur les 4 enfants.

D'après le dossier de son avocat, elle a introduit une procédure de demande d'asile en octobre 2006, mais n'ayant pas de réponse elle s'est rendue à l'Office des Etrangers où elle a été piégée et emmenée au 127 bis avec ses 4 enfants.

Elle nous raconte que le 5 janvier, elle passait au tribunal pour sa demande. Elle y a été emmené avec les mains menottées.

Nous n'arrivons pas à comprendre si elle y a été emmenée avec ou sans ses enfants. Mais elle nous fait comprendre qu'il y a quelque chose de traitement inhumain vis à vis du plus petit. Elle ne pouvait sans doute pas le prendre dans ses bras.
Où peut-être a t'elle du le laisser au centre fermé, à la bienveillance des gardiens ?

La décision du tribunal a été négative. Elle est inquiète, car elle ne veut pas retourner en Pologne où l'attend un mari violent.

La fin de la visite approche, elle nous suplie de l'aider, en insistant sur la santé de ses enfants.
Son état de santé morale déteint sur son visage.
C'est reconnaissable, à chaque visite que j'ai fait, les gens visités avaient tous le même teint livide, la douleur, la frayeur et l'incertitude d'un futur.

Combien de temps encore existeront ces prisons pour innocents ?
Combien de temps encore enfermera-t'on les enfants, les privant ainsi de leur scolarité, la liberté, leurs premiers pas dans la vie ?

Que dire et que faire devant tant d'injustice ?...

Milena