L’Allemagne régularise ses « sans papiers »

mardi 21 novembre 2006. http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=17472&id_rubrique=10

L’avenir s’éclaircit pour une partie des quelque 190.000 sans-papiers qui vivent en Allemagne. Après plusieurs années de tergiversons, la grande coalition s’est accordée le 17 novembre sur la situation de ses immigrés illégaux. Cette initiative s’adresse aux demandeurs d’asile dont les dossiers avaient été rejetés mais qui ne peuvent pas être expulsés pour diverses raisons, d’où qualifiés de « tolérés ».

Cet accord difficilement négocié entre les seize ministres de l’intérieur des Länder stipule qu’un titre de séjour provisoire de deux ans sera accordé aux personnes seules vivant en Allemagne depuis au moins huit ans, ainsi qu’aux familles avec enfants présentes sur le territoire depuis six ans.

Cette décision prévoit, en effet, que le sort de l’étranger sera tranché au bout de deux ans. Si ce dernier fait la preuve qu’il a trouvé un travail ou qu’il est capable de subvenir lui-même à ses besoins, son titre de séjour sera prolongé. Dans le cas contraire, il retournera à la situation d’étranger "toléré", donc susceptible d’être rapatrié dans son pays d’origine. Il est ensuite demandé aux sans papiers voulant bénéficier de cette réforme de posséder une bonne connaissance de la langue allemande et de ne pas avoir d’antécédents judicaires et de se trouver un emploi avant le 30 septembre 2007.

S’il paraît incongru de nier les bienfaits de cette décision des ministres de l’intérieur, elle paraît néanmoins incompréhensible dans le sens qu’il est quasi impossible á un immigré sans papier « toléré » de travailler légalement. Cela s’explique par le fait que qu’il lui est interdit de travailler dans la première année et il ne peut être embauché que si aucun allemand ou un ressortissant de l’union européenne ne peut occuper le poste.

En Allemagne où le taux de chômage avoisine 10 %, et où le nombre de clandestins tourne autour de un million, cette régularisation sous condition pourrait être vue comme une peur d’augmenter le taux des chômeurs et à un refus de régularisation massive des immigrés illégaux comme en Espagne et en Italie. Pour le gouvernement de Angela Merkel, cet accord est une grande décision en faveur de l’intégration des sans papiers. De nombreuses ONG critiquent toutefois le nombre trop restreint de personnes. Environ 10% des « tolérés » dans un premier temps pourront espérer de la régularisation de leurs papiers.

Alex Moussa Sawadogo Lefaso.net Correspondant à Berlin
(Allemagne)